Un certain Paul Darrigrand
Philippe Besson

julliard
janvier 2019
211 p.  19 €
ebook avec DRM 12,99 €
 
 
 

je joue !

jusqu'au 22 septembre 2019

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 Les internautes l'ont lu

Je dois vous faire un aveu, c’est avec cette auto-fiction que je découvre la plume de Philippe Besson, une plume dont je suis immédiatement tombée sous le charme.

Il s’agit du second volet de sa trilogie autobiographique commencée avec « Arrête tes mensonges » mais je n’ai éprouvé aucun souci à la lecture.

Philippe Besson s’exprime à la première personne. Il retrouve une vieille photo de jeunesse. Décembre 1988, l’île de Ré, à l’époque il avait 21 ans, Paul 24. Une photo qui témoigne que leur relation a bien existé.

Nostalgique, il nous raconte ses souvenirs, sa vie d’étudiant à Rouen, mauvais souvenir si ce n’est que le froid et la solitude, son arrivée à Bordeaux pour un Dess en droit. Une légère bousculade, un frôlement puis un effacement, leur première rencontre. Il sait dès le premier regard qu’il veut être avec lui. Rencontre en librairie, l’envie, le désir, Paul envahit continuellement ses pensées. L’île de Ré, leur première nuit, ce sont tous ces souvenirs qui reviennent.

L’histoire d’un amour impossible, compliqué mais aussi la maladie de jeunesse qui a failli être fatale. Philippe Besson a une écriture sincère, il nous emmène au coeur de l’intime. Il nous dévoile aussi le vrai et le romanesque de ces autres romans. Le tout sur fond de l’actualité des années 88 et 89, l’explosion de l’avion à Lockerbie, la révolution de la place Tien Anmen, Roland Garros ..

C’est avec une grande finesse qu’il nous parle du désir, d’absence et d’un amour impossible, de sa mélancolie.

La plume est magnifique, intime, émouvante. Le style est juste, acéré. Les mots sont bien choisis. J’ai aimé la délicatesse, la sincérité et l’émotion. Ce roman a juste un goût de trop peu. Suis vraiment sous le charme.

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Si j’ai consenti ce jour-là à affronter l’objectif, c’est évidemment dans l’unique intention de figurer au côtés de Paul, pour que ce nous deux apparaisse quelque part, pour que ça existe, qu’on ne vienne pas me dire que ça n’a pas eu lieu. Au fond, c’est ma mère qui avait raison : conserver une trace.

La menace de la vie réelle est écartée. Je viens de gagner une année. J’ignore que ce sera la plus belle de ma vie.

J’ai compris que je VEUX être avec ce jeune homme, que je VEUX sa compagnie.

Il y a des gens comme ça, ils n’ont rien besoin de faire, on ne peut s’empêcher de penser à eux, de les désirer.

Non, nous ne parlons presque jamais de ce qui arrive. Éventuellement, nous évoquons notre passé intime, par petites touches, ce sont des conversations impressionnistes : une peinture pointilliste de Seurat.

Je me rappelle cette phrase avec précision. Sur l’instant, j’y décèle une contradiction : si la folie est humaine, elle n’est pas pour autant l’essence de l’humain et l’homme se définit avant tout par sa raison.

Écrire témoigne qu’on n’oublie pas.

Une vraie saleté, l’infériorité en amour.

Je veux dire d’abord : être dans la dépendance. guetter un regard, une attention, un geste, même anodin. Espérer des rendez-vous, des retrouvailles. Se réjouir d’une pauvre manifestation de tendresse comme un clochard sourit au passant qui jette une pièce dans sa soucoupe. Obéir à ses foucades, ses empêchements. Admettre que ses contingences l’emportent forcément. Croire à ses mensonges, au moins à ses arrangements de vérité. Se soumettre à son bon plaisir. Consentir à ses silences. Se remémorer ses rares paroles, en traquer le sens caché, en être rétrospectivement ravi ou mortifié. Le savoir ailleurs, loin, avec une autre, en crever.

Capturer une ombre, un parfum, une sensation, un détail, c’est autrement plus compliqué, et beaucoup moins vendeur.

Il y autre chose : si on n’en parle pas, alors ça n’existe pas.

…ce n’est plus l’intimité des peaux, c’est celle des paroles. Infiniment plus dangereuse.

J’ai déjà compris qu’une illusion pouvait avoir plus de puissance que le réel.

Oui, ça n’était pas nécessairement un hasard si mon corps exprimait une souffrance que mon esprit se refusait à prendre en compte.

C’est comme le barbelés le silence, ça empêche les intrus d’approcher.

J’ai ajouté, dans un sourire : qu’est-ce que tu veux, il y a des gens comme ça, qu’on exonère de tout reproche, même si c’est injuste, même si c’est incompréhensible.
C’est toi qui m’as demandé de partir, moi je voulais rester.

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