Une histoire italienne
Laura Ulonati

gallimard
blanche
mai 2019
136 p.  15 €
ebook avec DRM 10,99 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Le rêve et le désenchantement

Premier roman, « Une histoire italienne » raconte le destin d’un homme pétri d’ambition, la tête farcie de légendes héroïques et pris dans les rets de la propagande mussolinienne. Avide de reconnaissance et de grandeur, il participera à la colonisation de la corne de l’Afrique avant de commencer à réfléchir par lui-même, décillé par les ravages de la conquête.

Né en 1909 d’un père petit bourgeois et d’une mère paysanne, Attalo Mancuso grandit dans le culte des plus forts, depuis l’Antiquité jusqu’à son père, soldat vaincu et revanchard de la première guerre d’Italie en Abyssinie contre Ménélik II. Elevé à la dure dans un discours haineux contre les faibles, bagarreur et vaniteux, Attalo intègre l’organisation fasciste pour la jeunesse de Mussolini où il trouve sa place dans une vie militaire collective qui exalte les valeurs de courage et de force. C’est ainsi qu’Attalo s’engage naturellement dans la guerre d’invasion de l’Ethiopie et de l’Erythrée en 1935, sous le commandement du Duce. On leur avait promis des terres vierges et des femmes offertes, les Italiens trouvent un pays brûlé par le soleil, envahi par la poussière, et une résistance farouche exemplaire. Attalo Mancuso achète néanmoins une jeune fille de douze ans, Fatima, dont il fera son esclave sexuelle. Après une guerre barbare défiant la Convention internationale, le pays est décimé par les bombardements, les massacres de masse, les violences et les pillages, mais l’Italie en sort victorieuse. Attalo rentre piteusement chez lui, laissant l’adolescente aux mains d’un général concupiscent. Les années passant, le jeune homme constate avec dégoût les exactions du régime allié à l’Allemagne, et c’est en journaliste qu’il retourne dans la colonie qu’il a quittée en se débarrassant de Fatima.

« L’Histoire s’est enroulée autour [de sa vie] ; l’a tout engloutie » : la phrase résume le parcours de cet antihéros perdu sur la scène de l’histoire coloniale italienne, avec le rêve comme appât et le désenchantement comme réalité. Par cette expérience qui le poursuivra toute son existence, le personnage symbolise un pays qui a cru sans discernement les promesses d’un chef mû par l’action nationaliste et raciste. Laura Ulonati affirme la puissance de la littérature pour expliquer l’Histoire, et elle en donne ici brillamment la preuve.

partagez cette critique
partage par email

q u o i  l i r e ?
découvrez les coups de coeur des libraires cette semaine  #94


Retour à la page d'accueil