Une joie féroce
Sorj Chalandon

Grasset
août 2019
315 p.  20,90 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu
coup de coeur

« Une joie féroce » de Sorj Chalandon
est le coup de coeur de L’Arbre à Papillons à Phalsbourg
dans le q u o i  l i r e ? #78

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 Les internautes l'ont lu

Sorj Chalandon est une valeur sûre, j’ai toujours été touchée par la force de son écriture ; de courtes phrases bien nettes qui percutent, qui touchent.

Visiblement ce roman divise son lectorat, j’ai voulu me faire ma propre opinion et je suis conquise.

C’est vrai que Chalandon a pris des risques et nous emmène ailleurs qu’à son habitude. Je trouve que c’est chouette de se renouveler ainsi, d’oser écrire dans un genre qui n’est pas le sien mais pourquoi pas…

Voici pourquoi j’ai apprécié :

C’est la toute première fois que l’auteur se met dans la peau de femmes et en fait ses personnages principaux. Il nous dresse en effet le portrait de quatre femmes qui sont unies par la maladie qu’elles combattent.

Jeanne, la libraire, première femme dont il nous parle qui nous narre le récit. Elle découvre son cancer du sein. C’est avec brio qu’il nous fait ressentir ses émotions, ses doutes, ses interrogations, ses peurs et il nous fait vivre son combat. C’est juste, c’est émouvant.

Jeanne nous parle de l’effet que ce « crabe »,  » de son camélia » a sur sa vie, sur son couple. Il est vrai que celui de Jeanne a déjà vécu beaucoup d’épreuves et son mari n’en peut plus, c’est celle de trop ! Affronter la maladie, voir sa femme perdre ses cheveux, il a un comportement ignoble , il est dans le déni et dans la fuite. C’est souvent le cas dans la vraie vie, la maladie détruit souvent beaucoup de choses, de couples.

Soudain, on change de cap et c’est ce que je trouve génial, on devine dans le tout premier chapitre que Jeanne et trois autres femmes ont fait une très grosse bêtise…

Cela nous donnera trois autres portraits féminins, ceux de Brigitte, Mélody et Assia. Trois femmes unies par le même mal qui se rencontreront lors des séances de chimio.

Rassurez-vous, même si le sujet est grave, c’est loin d’être triste, il y a de la solidarité, de l’espoir qui les poussent à vivre et à commettre des actes insensés …. on frôle alors avec la comédie un peu burlesque diront certains, mais moi je trouve que c’est l’originalité du récit, ce changement de registre.

Un roman qui parle de la maladie, du regard des autres, de la façon de la vivre, de la ressentir. Il parle de résistance, de guerre et de bien d’autres choses. Je n’ai pas envie de vous en dire plus mais pour ma part j’ai aimé cette prise de risques par Chalandon d’oeuvrer dans un registre qui n’est pas le sien, d’oser être différent.

Et vous ?

N’hésitez pas à venir me dire ce que vous en avez pensé !

Ma note : 8/10

Les jolies phrases

Je me suis dit que j’étais en guerre. Une vraie. Une bataille où il y aurait des morts. Et que l’ennemi n’était pas à ma porte mais déjà entré. J’étais envahie. Ce salaud bivouaquait dans mon sein.

Et je n’imaginais pas mon crâne offert à tous. Les cheveux ne protègent pas seulement la tête.

Brigitte était bretonne, nièce d’un pêcheur de Roscoff. Elle a comparé le cancer du sein au gros temps et la chimio au grand large.
– Entrer dans la salle d’attente, c’est comme arriver au ponton pour l’embarquement. Ce qui reste à terre reste à terre.

Je ne savais pas s’il me quittait comme deux corps se déchirent, ou s’il me demandait de le retenir. de lui dire que sans lui, mes yeux cessaient de voir. Et ma peau de frissonner. Et mes lèvres de dire. Et mon coeur d’espérer.

Mon destin m’échappe, c’est la première leçon du cancer.
Se réapproprier rageusement son destin est la deuxième leçon.

Et aussi la librairie. Jamais cet endroit ne m’avait paru aussi paisible. Ici, contrairement à la vraie vie, les hurlements, les pleurs, les rires, les cris, les joies, les drames étaient prisonniers des pages. Le tumulte ne s’offrait qu’à celui qui les ouvrait.

Retrouvez Nathalie sur son blog 

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coup de coeur

Encore un excellent roman de Sorj Chalandon !

Le thème n’en est pas facile puisqu’il s’agit de 4 femmes atteintes d’un cancer qui se rencontrent pendant leurs séances de chimio.

Jeanne, la narratrice, abandonnée par son mari qui ne peut affronter sa maladie, trouve refuge auprès de Brigitte, Assia, Mélody. Toutes ont eu des vies cabossées et doivent en plus lutter contre ce maudit crabe.

A quatre, elles sont plus fortes, elles se serrent les coudes, se soutiennent parfois à bout de bras. Quand la jeune Mélody leur apprend que le père, d’origine russe, qui est parti il y a plusieurs mois vivre dans son pays avec leur petite fille Eva, est prêt à lui en redonner la garde en échange de la somme de 100.000 Euros, les trois autres décident de l’aider, même si pour cela elles doivent braquer le plus grand bijoutier de la place Vendôme !

J’ai adhéré tout de suite à cette histoire, construite en deux parties : la première consacrée à la maladie, l’autre à l’élaboration du braquage qui va leur permettre d’à nouveau se sentir vivantes en dépit de leurs corps blessés, mutilés, affaiblis …. jusqu’à éprouver une « joie féroce ».

Sorj Chalandon nous raconte une histoire profondément humaine, sans jamais tomber dans le pathos.

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coup de coeur

Coup de coeur

Fidèle lectrice de Sorj Chalandon, j’ai choisi de lire ce livre sans rien en connaître au préalable.
Il y a une poignée d’auteurs en qui j’ai une telle confiance, que la quatrième de couverture n’influence en rien mon choix, ni la certitude du plaisir à venir.
Mais là, je dois dire que j’ai été surprise.
Lire sous la plume de Chalandon l’histoire banale et dramatique de Jeanne atteinte d’un cancer, quittée par un mari aussi lâche qu’ignoble me laissait entrevoir la déception d’un rendez-vous raté avec l’un de mes écrivains favoris.

Dans la première partie du roman, nous suivons Jeanne avec sa peur, son chagrin, ses premiers pas dans le traitement qui la laisse épuisée, la solidarité et le soutien d’autres femmes malades.
C’est grâce à elles que Jeanne va trouver la force nécessaire pour repousser le malheur qu’elle connaît et qu’elle ne veut plus, elle qui a perdu son fils âgé de sept ans.
Rire pour ne plus pleurer pourrait être la devise de ces guerrières bien décidées à ne rien lâcher, surtout pas la vie.
« Elle et les autres se moquaient de la maladie. Elles riaient de la mort. Allaient à la chimio comme d’autres à la manucure. C’était dur pourtant. Chacune souffrait, pleurait, poussait un cri de douleur au moment du lever mais aucune ne se plaignait. »

Lorsque l’auteur change de braquet pour nous entraîner dans un thriller aussi original qu’imprévu, j’ai compris que j’avais à nouveau entre les mains « un grand » Chalandon.

Ce livre est une magnifique leçon de courage, une belle histoire d’amitié et qu’importe les incohérences que ne manquent pas de souligner certains lecteurs sur l’improbabilité de ce braquage mené avec l’énergie du désespoir.
Un coup de cœur que j’ai terminé en larmes.

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