Vingt minutes de silence
Hélène Bessette

othello
mai 2017
 17 €
 
 
 
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le mystère Bessette

Il y a de fortes chances pour que le nom d’Hélène Bessette ne dise rien à personne. Faut pas avoir honte. A moi non plus il ne disait rien jusqu’à ce que je tombe sur une interview de Julien Doussinault qui a exhumé, par le plus grand des hasards, cette écrivaine pour laquelle il s’est pris de passion et à laquelle il a consacré un mémoire. Il s’est battu pour que les livres d’Hélène Bessette soient réédités. Oubliée elle était, de tous, alors qu’elle avait été publiée chez Gallimard sous le patronage de Raymond Queneau dont on sait que le jugement littéraire était sûr et quel fin dénicheur de talents il fut ; effacée alors qu’elle avait connu de vrais succès et su gagner l’admiration de gens aussi divers que Duras , Genevoix ou Sarraute. Il est vrai qu’elle n’eut pas la vie facile, que sa radicalité ne lui a pas fait que des amis, mais cela ne justifie en rien sa disparition quasi totale des rayons des librairies, jusqu’à ce que Laure Limongi qui travaillait chez l’éditeur Léo Scheer, lui redonne un nouveau départ ; et que le Nouvel Attila ne reprenne le flambeau.
« Vingt minutes de silence » plonge le lecteur dans une écriture surprenante d’où la linéarité est pratiquement bannie, laissant la place à une occupation de l’espace de la page proche de celle qu’un poète pourrait faire. Prose rythmée, en effet, répétitive souvent, mettant parfois un seul mot en relief au milieu d’une ligne blanche, en caractères d’imprimerie, cela arrive. Il faut se laisser emporter par cette force qui se heurte aux résistances de la langue et à celles des motivations profondes des personnages.
« Vingt minutes de silence » pourrait n’être qu’une intrigue policière comme on en a tant lu. Un homme a été tué : crime crapuleux ? c’est ce que voudraient faire croire sa femme et son fils de 14 ans, et la femme de ménage qui leur est inféodée. Mais il y a un blanc mystérieux entre la découverte du corps et l’appel à la police, vingt minutes justement, et tous les soupçons peuvent naître et s’emmêlent – c’est le fils qui s’accuse, mais a-t-il agi de son propre chef ou est-il manipulé par sa mère ? Ou s’accuse-t-il pour la protéger ? On assiste là à une curieuse déconstruction de la trame habituelle à ce genre littéraire, à une reprise dix fois répétée des mêmes questions sans qu’on puisse s’arrêter à une réponse définitive, à des changements de perspectives qui finissent par créer un sentiment de malaise, de vertige.
Les dernières phrases ne font que l’accentuer: »Si l’on n’a pas tout vu, dit l’homme sur le pas de la porte [l’inspecteur de police], si ce n’est pas elle, si ce n’est pas lui ? » Au lieu du mot « fin », qui clôt généralement une intrigue romanesque, Bessette, dans une dernière provocation, écrit »sans fin ».

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