Léonor de Récondo
Points
litterature
janvier 2015
210 p.  6,90 €
 
 
 

Le verbe et l’objet (Senlis)

illustration Brigitte Lannaud Levy

Défendre des petits éditeurs qui impriment de la poésie au plomb mobile avec une presse, voilà l’une des grandes fiertés de Julien Burnat ancien animateur radio qui a repris il y a trois ans cette librairie-papeterie de Senlis créée en 1999. Pour cet amoureux des livres, issu d’une famille de libraires versaillais depuis quatre générations cette aventure semblait toute tracée.  Ici, les ouvrages d’éditeurs confidentiels côtoient ceux des plus grandes maisons . Le choix est vaste et la certitude de jolies découvertes assurée.  Son enseigne porte un bien joli nom,  « Le verbe et l’objet », qui n’est pas sans rappeler « Les mots et les choses » le célèbre essai de Michel Foucault . Les livres y côtoient une sélection soignée de papeterie, de stylos, de déco mais aussi d’objets liés aux voyages : maquettes de montgolfières, de planètes et globes terrestres.  Si ce lieu singulier fait penser à un cabinet de curiosités, c’est que Julien Burnat travaille avec cœur « Je choisis les livres et les objets avec mon âme et mon envie ». Côté littérature, en très bon lecteur là aussi il laisse parler ses émotions avec une exigeante sélection d’ouvrages. À Senlis, ville assez conservatrice, il fait le pari de proposer une littérature de qualité qui explore des univers parfois à la marge pouvant bousculer pour ne pas dire secouer les esprits.

Quel est le livre pour lequel vous avez eu un coup de cœur récemment ?
« Comment t’écrire adieu » de Juliette Arnaud (Belfond). Un texte très inattendu de la comédienne et chroniqueuse de France Inter.  Elle nous livre un récit autobiographique sur le deuil d’une histoire d’amour. Le  texte est savamment articulé autour d’une playlist de chansons qu’elle a aimées. Son écriture est rock  et cash. Une belle découverte.

Et du côté des auteurs étrangers, que nous recommandez-vous ?
« Les fureurs invisibles » de John Boyne  (Lattès). Un bon pavé de 600 pages sur la vie en Irlande d’un garçon né d’une fille-mère bannie de sa paroisse rurale. Elle part pour Dublin, y abandonne son fils qui est adopté  par un couple aisé très  excentrique. Balloté par l’existence on le suit  dans sa quête d’identité et dans ses dérives. Je ne pensais pas que la disparition d’un personnage de roman pourrait me bouleverser un jour et me faire pleurer. Et pourtant c’est ce que ce roman a provoqué en moi.   

Quel premier roman vous a particulièrement marqué ?
« Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard ( Minuit).  Une histoire d’amour entre deux femmes. Un véritable tourbillon de sentiments dans lequel est plongée une jeune prof, auquel elle n’était pas du tout préparée. L’écriture est hypnotique, c’est un premier roman très impressionnant.

Quel est le roman le plus emblématique de la librairie que vous défendez depuis toujours avec ferveur ?
« Amours » de Léonor de Recondo  (Sabine Wespieser). Tout d’abord c’est magnifique d’offrir un livre qui s’appelle « Amours ».  Et puis c’est une histoire intense autour du corps et du cœur des femmes au XXe siècle . Les rapports entre maîtres et domestiques y sont décortiqués avec une telle justesse. C’est très bien vu et passionnant surtout.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
«  Voyage au bout de la nuit » de Louis Ferdinand Céline. Ma mère était libraire de livres anciens et du coup je l’ai dans son édition originale. Il est chez moi et m’attend.

La saison des prix se termine, à qui auriez-vous donné le Goncourt ?
« Salina : les trois exils » de Laurent Gaudé. C’est de la tragédie grecque en Afrique. Il réinvente une mythologie autour d’une femme, mère de trois fils et qui vécut trois exils. Son dernier fils qui la porte en terre nous livre le récit de sa vie pour qu’elle devienne une légende. Tous les romans de Laurent Gaudé sont exceptionnels.

Une brève de librairie
Une de mes clientes de 80 ans avant d’entamer la lecture d’un livre, s’impose de lire préalablement toute l’œuvre de l’auteur. Et si elle n’a pas deux heures de  temps plein devant elle,  elle ne s’y met pas. C’est une lectrice compulsive, qui peut rester accrochée à sa lecture de 19h00 à 7h00 le matin non-stop. C’est une ancienne institutrice, aussi forcenée qu’assidue dans sa pratique. Elle m’impressionne beaucoup.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Librairie-papeterie Le verbe et l’objet
14 place Henri IV
60300 Senlis

 
 
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