Alors voilà: Les 1001 vies des Urgences
Baptiste Beaulieu

Fayard
octobre 2013
380 p.  17 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

Lire notre critique dans la sélection du week-end « Hors des sentiers battus » (6 décembre 2013)

partagez cette critique
partage par email

je joue !

jusqu'au 31 mai 2019

retour à la page d'accueil

 Les internautes l'ont lu
coup de coeur

des urgences, vous voulez des urgences ?

« Prenons une grande marmite appelée Urgences. Dedans versons-y le sel de l’attente, le citron de la douleur, l’amer de la fatigue du personnel. Rajoutons un peu de tragédie antique. Faites chauffer à feu doux le temps moyen d’un service d’urgences: trois heures (…) Le mélange est prêt. Vous pouvez servir. A déguster sans modération. »  » Alors voilà, les 1001 vies des Urgences » de Baptiste Beaulieu.

Les Urgences fascinent. Il n’y a qu’à compter le nombre de reportages à ce sujet et les séries qui s’y déroulent. Certains pensent y rencontrer le charmant Dr Ross ou la très efficace Nurse Hataway. Les idéalistes s’imaginent qu’il y a des Dr Mamour à chaque garde et les inquiets espèrent que le Dr House les examinera sans être accompagné par la très accro aux médicaments Nurse Jackie… Pour tous ceux-là et pour tous les autres qui ont leur expérience à raconter de leur passage dans ce service si Rock’n Roll de l’hôpital, il y a le livre de Baptiste Beaulieu.

Jeune interne, il a toujours un petit carnet dans sa poche sur lequel il note les anecdotes qui le touchent au fil des journées. Ses collègues viennent même le voir pour y ajouter les leurs. Et ces histoires vont servir à soigner. Et oui, parce que les mots soignent et ce jeune médecin sait très bien les utiliser: pour les consultants croisés au fil des journées de travail, que l’expérience vécue par d’autres aidera à vivre; pour cette dame du 5ème étage, la patiente de la chambre 7, La femme-oiseau-de-feu qui attend son fils pour mourir « partir faire du poney multicolore au son de Lucy in the sky ».
Ce livre va nous faire vivre sept jours dans cet hôpital où les urgences sont au sous-sol et pour monter au 4ème étage- ou se trouvent la neurologie et la gériatrie ( « Tous les souvenirs de la ville y sont hospitalisés un jour ou l’autre »)- il faut passer successivement par l’orthopédie au 1er, la chirurgie digestive au 2ème, et en cardio et pneumologie au 3ème… belle image, non? Et bien tout le livre est comme cela. Il parle d’hôpital sans être anxiogène du tout. Il nous fait rire puis nos yeux s’embuent. Nous y croisons des médecins aux noms extravagants: Frottis, Chef Pocahontas, Chef Viking et même Chef Gueulard. Chacun a son histoire, sa personnalité. Et oh! Surprise! ces médecins ont même des états d’âme. Bon, peut-être pas Chef Gueulard… Quant aux patients, Mr Freud, Mme Kosmou, Mr Storien, Mr Crusoé, nous nous régalons de ce qui leur arrive en croisant les doigts pour ne pas être à leur place. Leur maladies ont des noms pas si compliqué finalement puisque  » si on change beaucoup de lettres à la phrase précédente, on trouve… »
Ce livre, à mi-chemin entre un roman et un témoignage rend toute son humanité à ce service en montrant que même si ces Urgences semblent parfois maltraitantes, par leur temps d’attente, leur lourdeur de prise en charge, la collision entre destins brisés et petits tracas, elles fonctionnent avec toute l’émotion des soignants et la confiance des patients.
Baptiste Beaulieu a su mettre de la poésie sans mièvrerie dans son récit, du vécu sans voyeurisme. Il a le talent des mots, il a celui des histoires qui apaisent.
Voici donc la prescription du jour: courez chez votre libraire, dans votre bibliothèque, chez un de vos amis prêteur et procurez-vous ce livre. Lisez-le tout le WE. Une dose de rappel sera nécessaire très régulièrement; et pour celle-ci, il y a son blog: alorsvoila.com

Retrouvez Sido de errances immobiles sur son blog

partagez cette critique
partage par email