Tristan
Clarence Boulay

Points
janvier 2018
160 p.  6,20 €
 
 
 
 La rédaction l'a lu

L’île du bout du monde

Tristan Da Cunha est un archipel volcanique britannique perdu dans l’océan Atlantique, au Nord des Quarantièmes rugissants. Clarence Boulay en fait le lieu de son premier roman. Comme elle, son héroïne séjourne un temps sur cette terre isolée, habitée par quelques 270 âmes. Le vent, les oiseaux, les vaches, les embruns, on largue les amarres…

La visiteuse de l’île

Ida, une illustratrice française, embarque seule pour l’île de Tristan (son compagnon doit la rejoindre plus tard), où elle s’apprête à passer quelques mois. Après sept jours de traversée sur un langoustier depuis Le Cap, en Afrique du Sud, elle accoste enfin et se voit accueillie par un couple d’habitants qui la logera durant son séjour. Là, elle se promène, découvre les vaches et les moutons, les champs de pommes de terre, le port, la conserverie, regarde par la fenêtre, dessine et prend des notes. L’île, difficile d’accès en raison des conditions climatiques, accueille les bateaux en détresse, les navires avariés. Ida s’acclimate, participe à la vie de la communauté, avec le sentiment d’être constamment observée ; elle reste l’étrangère. Un jour, un cargo fait naufrage au large de l’île, causant une marée noire : les habitants se mobilisent pour sauver les animaux mazoutés et limiter la menace.

Les règles communautaires

On pourrait croire que la vie d’une aussi petite communauté d’îliens est paisible et routinière, or ce n’est pas le cas ; à Tristan, on ne prévoit rien, le hasard et les éléments décident pour vous : « la pêche, un déchargement, une journée de chasse […], une tempête, les champs. C’est le vent qui décide, Ida. On avise avec lui, comme les nuages, suspendus à l’air ». La jeune femme accompagne trois hommes sur la petite Ile aux Oiseaux pour circonscrire la menace écologique ; quelques jours soustraits aux regards des autres, comme une incise dans la parenthèse, où tout peut arriver. Mais l’équilibre de la petite société est fragile, et Ida l’apprend à ses dépens ; entre observation, description, participation, comment trouver la bonne distance quand on est un corps étranger ? Car c’est bien une histoire de corps et de sensations, à travers lesquels Ida fait l’expérience de l’essentiel, de la nudité et de la fragilité des sentiments. Un beau premier roman sensible, sensoriel et ethnographique.

 

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 Les internautes l'ont lu
coup de coeur nuit blanche

Une île

« J’aurais voulu une autre histoire » Première phrase de ce premier roman.
Ida s’embarque, seule, sur un langoustier à destination de Tristan Da Cunha. Son compagnon devait l’accompagner, mais suite à une urgence, il ne reste qu’une place et c’est Ida qui part.
La traversée de sept jours entre Le Cap et Tristan se passe sous une très belle météo. A l’arrivée à Tristan, Ida est subjuguée par le paysage volcanique, l’atmosphère,
« L’île, par son surgissement, donne l’impression d’être parachutée à l’instant, juste avant nous, juste pour nous. Pourquoi une île ? Pourquoi un volcan ici ? Pourquoi une terre plutôt que rien ? Et pourtant, l’île est bien là et le volcan se dresse, majestueux, imposant. »
Elle va loger chez Vera et Mike, il n’y a pas d’hôtel sur l’île. Ida peint, dessine, s’ennuie, se promène, participe à la vie de la maisonnée en allant les aider à traire les vaches et se sent si bien sur Tristan, malgré l’absence de Léon son compagnon. C’est en revenant d’une séance de traite qu’ils apprennent qu’un cargo s’est échoué sur l’île aux oiseaux et qu’une marée noire cause des dommages. Ida a l’opportunité de passer jours quelques sur l’île pour tenter de nettoyer et sauver quelques oiseaux. Là, la passion lui tombe dessus en la personne de Saul.
Le livre ne se résume pas à cette belle histoire d’amour torride et fulgurante.
La vie sur cette île retirée du monde est à l’autarcie aussi bien matérielle que sociologique. Vivre chez l’habitant, les côtoyer, partager leur travail, leurs vies; tout s’imbrique. L’intime et la communauté sont liés dans un équilibre qui peut s’avérer fragile lorsqu’un élément extérieur peut être source de difficultés. Il en va ainsi de sa relation avec Saul. Les quinze jours sur l’île aux oiseaux furent un combat, une vie hors du temps et des permissions, bouleversés par les éléments naturels. La tempête sévit sur l’île répond à la passion charnelle et amoureuse d’Ida et de Saul.
J’ai savouré les phrases de Clarence Boulay, à la fois sensuelles, imagées, précises, vivantes, passionnées. Vous le savez, j’aime ce qui part des tripes et ce récit vient des entrailles.
Un coup de cœur pour ce premier roman
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coup de coeur

Coup de coeur.

Ida devait prendre le bateau avec Léon, mais faute de place, c’est elle qui est partie après avoir été tirée au sort.
Arrivée sur l’île Tristan da Cunha, au bout du bout du monde, avec ses carnets à dessins sous le bras, la jeune illustratrice prend peu à peu ses marques auprès de Véra qui l’héberge, aidant volontiers aux tâches ménagères et aux travaux agricoles.
Lorsqu’un cargo fait naufrage, elle est volontaire pour aider à sauver les oiseaux mazoutés.

Sur l’île aux oiseaux, c’est Saul qui va lui servir de guide et l’emmener dans un immense amour.

Il ne me paraît pas utile d’en dire davantage, tant ce roman se dévoile peu à peu, comme une éclaircie après un ciel d’orage.
Clarence Boulay nous propose une histoire d’une délicatesse infinie, j’y ai trouvé tout ce que j’attends d’un premier roman : une écriture subtile, élégante, poétique, des personnages profonds et attachants.
La nature sauvage et souvent hostile est décrite avec une précision quasi photographique.
J’ai entendu les cris des oiseaux, des éléphants de mer et le rugissement des vagues.
A la fois roman d’amour et roman d’aventure, Tristan est aussi le récit d’une métamorphose.

J’ai ressenti un tel manque et une telle nostalgie après cette lecture, que je l’ai relu aussitôt avec un plaisir encore plus grand, car connaissant l’histoire, je me suis attachée uniquement à la beauté des phrases.

Un coup de cœur.

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