Oyana
Eric Plamandon

Quidam
mars 2019
140 p.  16 €
ebook avec DRM 10,99 €
 
 
 
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jusqu'au 31 mai 2019

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Rien n’est fortuit

« Pour toi, Xavier »
Début d’une longue lettre qu’Oyona adresse à son amour, son compagnon, pour lui expliquer les raisons de son départ, voire sa fuite « Peut-être que cette lettre va te détruire mais ne pas l’écrire m’est impossible. Tu dois considérer que ce que tu vas lire ici est vrai. J’ai décidé de te dire toute la vérité, juste la vérité.  Ce ne sera facile ni pour toi ni pour moi. Me taire n’a plus lieu d’être ».
Oyana est basque. Jeune, elle poursuit ses études à Bordeaux, le monde de l’ETA lui est parfaitement inconnu. D’ailleurs, elle ne parle pas basque et ne l’a jamais appris. Il a fallu la mort tragique d’un ami proche, Manex qui lui-même, n’avait jamais manifesté, pour qu’elle s’embrigade tout en refusant la violence. Or… Ce n’est pas possible et elle a participé à un attentat qui a causé la mort d’une mère et sa fillette. Maintenant il va falloir vivre avec ça. « Je suis responsable de la mort d’une mère et de son enfant. » L’ETA l’exfiltre, « On ne te propose pas un voyage mais l’exil. » au Canada sous l’identité de Nahia Sanchez. C’est là qu’elle rencontre Xavier, médecin canadien, qu’elle rejoint au Canada.
Tout son passé reste un secret, elle n’en parle jamais, même à l’amour qui partage sa vie, alors que les deux mortes la hantent.
Mai 2018, l’ETA cesse le combat et se dissout. Germe en Oyana le désir, le besoin de retourner au Pays Basque, chez elle, de revoir ses parents, son pays. Elle n’y est peut-être pas la bienvenue. Peur d’un surgissement du passé ? Peur d’une dénonciation possible ?
C’est la raison de la longue lettre à Xavier, de sa fuite.
Un livre court d’une écriture précise, rapide. Eric Plamondon visite l’histoire politique du Pays Basque. J’y apprends beaucoup ; les années noires de la lutte basque, de l’ETA, du franquisme. La construction, avec l’entrelacement du passé et du présent ne rend pas la lecture difficile, tout est daté, précis. Une fin totalement inattendue donne une autre lecture du livre.
Merci à « mon » libraire Wilfrid qui m’a permis cette très belle découverte.
http://zazymut.over-blog.com/

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coup de coeur

L’impossible retour

Après le beau succès de « Taqawan », Eric Plamondon revient avec « Oyana », prénom d’une jeune femme d’origine basque exilée au Québec au milieu des années 1990 à cause de sa participation à un commando meurtrier de l’ETA. En 2018, Oyana apprend la dissolution de l’organisation indépendantiste ; son passé resurgit et avec lui les mensonges sur lesquels elle a bâti son existence montréalaise depuis vingt-trois ans. C’est dans une lettre qu’elle décide de tout avouer à son compagnon qu’elle s’apprête à quitter pour rentrer en France, pensant naïvement que si l’ETA n’existe plus, elle n’a plus besoin de se terrer, de cacher son identité, ni de rester prisonnière de son exil et de ses secrets. Mais le départ s’avère plus dur qu’elle ne l’imaginait, d’autant que partout, des hommes continuent de croire en leurs idéaux…

« Oyana » est un roman épistolaire ponctué de chapitres narratifs qui éclairent le passé, comme pour ancrer cette histoire particulière dans un processus et des enjeux qui la dépassent. Si l’héroïne, rongée par l’imposture et le remords, pense que le temps est venu d’assumer son passé, la réalité est plus complexe. L’exil a effacé sa véritable identité mais l’a aussi protégée, et troquer un secret contre une disparition n’est pas sans danger. Oyana est peut-être condamnée à n’être ni d’ici ni de là-bas, une vie entre deux rives qui ne sont pas étrangères l’une à l’autre : les liens entre Basques et Québécois sont plus anciens qu’on ne l’imagine. Voici un roman sur l’impossibilité du retour à Ithaque, sur la vie qui se poursuit et n’attend pas qu’on solde ses comptes. Peut-être Oyana écrit-elle pour se consoler de sa réalité qu’elle considère comme un échec : « A une filiation qui l’aurait peut-être déçue, elle préférait une descendance imaginaire, héroïque ». Ici, l’écriture est davantage un besoin qu’un moyen, quand la lettre de rupture devient roman, et même roman noir dont Oyana se retrouve l’héroïne. Bien que son mensonge ne cache pas de vérité romanesque, il est possible que celle-ci apparaisse à la fin inattendue de ce beau livre captivant et habilement mené.

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