Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon
Jean-Paul Dubois

Prix Goncourt 2019
L'olivier
oliv. lit.fr
août 2019
246 p.  19 €
ebook avec DRM 13,99 €
 
 
 
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« Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon »
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 Les internautes l'ont lu

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

C’est le premier Jean-Paul Dubois que je lis et c’est une très belle découverte de cette RL2019. Je sens que je vais faire remonter « La succession » qui m’attend dans ma PAL.

Ce récit raconté à la première personne par Paul Hansen se déroule dans le milieu carcéral. En effet, nous sommes au pénitencier de Montréal, a seulement quelques kilomètres de l’ancien habitat de Paul. Une prison où grouillent des rongeurs la nuit, où il fait très froid l’hiver, malgré le nombre important de couvertures. Une cellule nommée ironiquement condo, « appartement’ de 6 m2, deux lits superposés, deux tabourets scellés, deux tablettes, un lavabo et un siège de toilette. Une cellule partagée avec Patrick Horton, un biker massif , tatoué, qu’il vaut mieux ne pas trop approcher ni contrarier. Il est condamné pour meurtre et passionné de Harley Davidson.

Paul Hansen est l’opposé, un homme serviable, aimable, apparemment sans histoire, qui durant 26 ans a été super intendant à l’Excelsior, entendez par là, homme à tout faire, super concierge veillant corps et âme à l’entretien des 68 appartements de la résidence et sa piscine.

Mais que fait-il là ? Pourquoi est-il emprisonné depuis le 4 novembre 2008, date de l’élection d’Obama, presque deux ans ?

Ah ben ça, pour le savoir faut lire ce savoureux récit.

Paul Hansen est Franco-Danois, il est né à Toulouse le 20 mai 1955. Son père, Johannes, pasteur est né à Skagen, le point le plus au Nord du Jutland, un petit village de pêcheurs de harengs célèbre pour son école picturale et surtout pour son église ensablée dont ne reste visible que le clocher, c’est ce qui lui a donné la foi.

Son père Johannes épousera une française Anna en 1953. Anna c’est aussi l’histoire du cinéma dont elle est passionnée. Elle gérera le cinéma familial, le Spargo à Toulouse et le fera évoluer vers des films « art et essai ». En 1975, changement de cap, elle programme « Gorge profonde ». Ce film et cette nouvelle orientation sonnera le glas pour le couple, les projections de plus en plus érotiques étant incompatibles avec la foi « perdue » de Johannes.

Johannes Hansen émigrera au Canada en 1975 dans une ville minière, un an plus tard, son fils viendra le voir et s’installera là-bas. Après divers boulots il s’installera à l’Excelsior.

Ce récit, c’est l’histoire de Paul, l’amour d’un père, l’amour d’une femme, la sienne Wiwona, une indienne algondine, l’amour perdu pour sa chienne Nouk car il s’agit aussi de l’histoire de deuils.

Mais avant tout, c’est l’humanité, ce sont deux hommes opposés qui dans la promiscuité d’une cellule vont avoir l’un envers l’autre une solidarité, une certaine compassion. C’est l’être humain qui se révèle et se met à nu.

J’ai aimé la plume de Jean-Paul Dubois, tendre, vive, drôle à la fois. Le ton est souvent sarcastique, un roman dense, il se passe toujours quelque chose nous parlant de révolte, de l’impossibilité pour Paul de se résigner à l’injustice.

Il nous donne une certaine vision du monde, de l’être humain. Il décortique ce qui peut pousser un être ordinaire, serviable, travailleur à « péter un câble ». Il nous parle d’humanité ou du manque de celle-ci dans ce monde et nous emmène au coeur des sentiments de chacun.

Un roman audacieux qui vous promet un beau voyage sur un fonds historique, à la découverte de Skagen, des hommes et de leur profondeur d’âme.. Oui, tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Je suis séduite, un très beau roman de cette rentrée.

Lisez-le !

Ma note : 9/10

Les jolies phrases

Voir ainsi ce colosse assassin donner le meilleur de lui-même pendant ces tâches puériles a un côté touchant, mais aussi sacrément angoissant, tant il interroge sur les méandres merdeux de l’âme humaine.

Débarrassés de toute contrainte, nous éprouvions alors le sentiment de flotter dans le temps, d’être pleinement propriétaires de nos vies, de secréter à chaque pas de l’insouciance et des molécules de bonheur ; tandis que la chienne roulait son pelage blanc dans des manteaux de neige. Il m’arrive parfois de fermer les yeux et d’essayer de reconstituer le jardin d’Eden, mais à chaque tentative des voix sauvages jaillissant des couloirs et des cellules font s’écrouler la patiente et fragile reconstruction qu’on essayait d’opérer ma mémoire. C’est alors que l’on prend la mesure de ce qu’est une peine de prison. Une incapacité chronique à s’évader , ne serait-ce que le temps d’une marche en compagnie des morts. J’ai dit qu’eux pouvaient me visiter ici. Mais jamais je n’arrive à les rejoindre dehors.

La foi, c’est fragile, ça repose sur trois fois rien comme un tour de magie. Et qu’est-ce qu’il faut pour être un bon prestidigitateur ? Un lapin et un chapeau.

La foi était passée à la trappe. Une autre l’avait remplacée. Mon père avait besoin de croire.

A la fin de l’été, la chute fut vertigineuse et les pertes à Trois-Rivières enflèrent de semaine en semaine. Le pasteur était entré dans le vortex du vaincu, ce trou noir qui avale inexorablement celui qui a trop perdu pour renoncer, d’autant qu’il est, au fond de son coeur, convaincu que la chance et les chevaux finiront par tourner à nouveau dans le bon sens. L’élixir, le cocktail de la catastrophe.

De ces premiers temps d’apprentissage j’ai retenu une leçon tout simple : les immeubles d’habitation ressemblent souvent aux gens qui les habitent et qui aiment qu’on leur ressemble.

La vie, c’est comme les canassons, fils : si elle t’éjecte, tu fermes ta gueule et tu lui remontes dessus tout de suite.

Retrouvez Nathalie sur son blog 

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coup de coeur

Si tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, tous les hommes ne voient pas non plus le monde de la même façon.
Eh bien, je peux vous le dire, Jean-Paul Dubois et moi, ça colle et ça colle rudement bien.
Bon, je sais, je suis là pour parler du livre, pas de l’auteur. Faisons une exception si vous le permettez… Car effectivement depuis qu’il a remporté le prix Goncourt, on l’entend parler ici ou là sur les ondes, et à chaque fois je me dis : vraiment, ce mec, qu’est-ce qu’il est bien (en plus, il n’est pas mal – mais là je vais un peu loin…)
Oui, à chaque fois, qu’il parle de son travail, de son temps libre, de son rapport aux gens, aux bêtes, au temps, aux lieux, à la littérature, aux choses… à chaque fois, je me dis : ce gars, il est vraiment bien, il a un rapport juste au monde (selon moi), il n’a aucune illusion et fait ce qu’il peut pour être le plus heureux possible (et le moins malheureux possible, donc) avec ce qu’il est et dans le monde qui est le sien. C’est un pragmatique dans le fond ! Il fait avec, quoi…
Parfois, il a peur, parfois, il pleure. Souvent, il aimerait qu’on lui foute la paix parce qu’il n’a pas toujours quelque chose à dire ou bien parce qu’il craint de les dire de travers, de faire une erreur ou de blesser quelqu’un. C’est un homme sensible, Dubois, et toute son humanité, elle nous saute aux yeux quand on ouvre un de ses romans. Et p…., qu’est-ce que ça fait du bien de se dire qu’il y a encore des gens comme ça, des gens comme lui, qui ne sont pas passés à la moulinette de notre époque, à une pensée stéréotypée, préfabriquée et bien conventionnelle. Ouf ! Il en existe encore des hommes comme lui (des dinosaures?) qui ne ressemblent pas à la meute et ne se plient pas aux modes et aux diktats du monde.
Bon, ça va, ça va, j’arrête sur lui (je sens bien que je suis in love with him, alors…) et je reviens au fameux prix Goncourt !
C’était mon CHOUCHOU ! (même si je n’avais pas lu les autres…) De toute façon, objectivement, c’était le meilleur. Je ne me suis pas jetée dessus dès sa parution… Non non… C’est comme un dessert, un Dubois, il faut d’abord avoir avalé ses carottes râpées et ses blettes à la crème avant de déguster les macarons et la mousse au chocolat.
Ai-je aimé ? Ben oui, évidemment ! Quel conteur, mais QUEL CONTEUR !
Franchement (et comme toujours), je me suis laissé porter par l’histoire (je ne vous la résume pas, vous la découvrirez vous-même!), de la même façon que (j’en suis à peu près persuadée) lui-même se laisse porter par son récit (j’ai même eu l’impression – qu’est-ce que je suis vache! – que parfois, il ne savait pas tout à fait où il allait… Je ferme la parenthèse) Oui, Dubois est un conteur, un écrivain qui sait écrire, un poète aussi… Et surtout, il est drôle… Tellement, tellement drôle : ses personnages sont complètement craquants (vous ferez connaissance avec un certain Patrick Horton, Hells Angel et grand amateur de Harley Davidson, un homme très sensible des cheveux et qui menace de couper la moitié (seulement) de l’humanité en deux…) Franchement, un personnage comme ça, c’est du jamais vu ! Mais où Dubois va-t-il chercher de tels phénomènes ? Quelle invention, quelle VRAIE originalité, quelle drôlerie… C’est irrésistible ! Et je ne parle pas des multiples situations improbables et cocasses dont il nous régale à chaque page : tenez, le père du narrateur est un pasteur danois (qui doute) marié à une directrice de cinéma (pornographique… pas que, mais quand même!)
Et en prime, vous ressortez apaisé d’une telle lecture parce que, même s’il nous met sous le nez les aspects les plus sordides de la société moderne, même si ses textes sont empreints d’une grande mélancolie et d’un profond désespoir, il se dégage de ses romans une philosophie humaniste, bienveillante, tendre, généreuse, d’une très grande douceur et une philosophie à notre mesure, sans grands mots, sans grandes phrases alambiquées et pompeuses, aussi belle et lumineuse qu’un lever de soleil sur le petit port de Skagen.
Les livres de Dubois nous aident à vivre en nous montrant toute la bonté et la beauté du monde. Ils calment et consolent.
Et c’est pour ça qu’on les aime…

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