Mathieu Menegaux
Points
janvier 2017
144 p.  6,20 €
 
 
 

illustration Brigitte Lannaud Levy

C’est en 2013 qu’Audrey Colin, Frédéric Lapeyre et Géraldine Garot , tous trois employés de cette librairie du 7e arrondissement de Paris, ont décidé de s’associer pour sauver cette institution du quartier créée en 1989. L’enseigne se trouvait alors dans une mauvaise passe, en pleine liquidation judiciaire. Tous trois l’ont reprise et on peut l’affirmer aujourd’hui, avec succès.  Avant, la librairie s’appelait Tome Dom, évoquant le tome d’un livre et le « Dom » du nom de la rue. Pour marquer le changement, sans pour autant  se couper de ses racines, la nouvelle équipe l’a rebaptisée et a remplacé le Dom par le 7 de l’arrondissement, qui est aussi un chiffre porte-bonheur. Ce sera donc Tome 7, un  nom court, ludique, très facile à retenir et à prononcer. Cinq ans après, la librairie se porte très bien pour la plus grande joie des habitants de ce quartier de Paris, qui au-delà de ses apparences très huppées, reste familial, convivial  et à la recherche de proximité et de chaleur que lui offre l’équipe dynamique de Tome 7. C’est Audrey Colin qui nous reçoit aujourd’hui pour nous faire part  de leurs coups de cœur du moment.

Quel roman français nous conseillez-vous de lire ?
Le dernier livre d’Eve de Castro « La femme qui tuait les hommes »  (Robert Laffont) qui nous raconte plusieurs histoires à travers le portrait de deux femmes, Jeanne et Lena. Cette dernière, une jeune Russe, du temps de la révolution bolchévique  sera connue pour avoir assassiné 276 hommes maltraitants. C’est un superbe voyage entre deux mondes, qui oscille entre Histoire et roman, porté par une écriture d’une grande  finesse

 Et du côté des étrangers que nous recommandez-vous ?
« Au cœur du Yamato » d’Aki Shimazaki (Actes Sud). Après le cycle du « Poids des secrets » en voici un deuxième composé de cinq romans qui peuvent se lire dans l’ordre ou le désordre. Auteure canadienne , originaire du Japon, elle écrit en français d’une plume raffinée et dresse dans ses livres le portrait touchant de personnages dont la psychologie est saisie en quelques lignes.  Ces romans sont quasiment des nouvelles, et chacun est un petit chef-d’œuvre.

 Y a–t–il un premier roman qui vous a particulièrement marquée ?
Il y en a deux. Le premier, « Fugitive parce que reine » de Violaine Huisman  (Gallimard). Un texte crû, violent, qui secoue beaucoup sur l’amour inconditionnel qu’une femme faillible, maniaco-dépressive, porte à ses deux filles.  En dépit de toutes ses tentatives d’une vie heureuse, elle échoue. Un livre bouleversant sur comment grandir et se construire dans un milieu familial instable. Le deuxième « Les déraisons » de la scénariste belge Odile d’Oultremont  (L’Observatoire). Un roman qui m’a touchée. L’histoire d’un  couple Adrien et Louise, frappé par le cancer de cette dernière.  Mais comme pour cette femme magique  tout est jeu et enchantement, elle parvient à mettre des couleurs sur son sombre parcours. Même si je n’aime pas trop comparer, je dirais que ce texte est à la croisée d’« En attendant Bojangles » et de « L’écume des jours » . Un sujet grave, mais un livre plein de tendresse, à recommander.

 Quel est le livre que vous vous êtes promis de lire ?
« La guerre et la paix » de Tolstoï. Pas comme un devoir,  mais un profond désir de lire ce génie de la littérature.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
Parmi les cinq libraires de Tome 7, c’est le roman de Mathieu Ménégaux « Je me suis tue »  (Grasset) qui fait l’unanimité.  Un couple plutôt « bobo » se retrouve soudainement confronté au viol que la femme va taire à son conjoint. Ce silence accompagné de mensonges sera le premier d’une longue série qui  aboutira à une succession de drames, dont l’ultime sera l’infanticide. L’épouse croyant voir dans son enfant son violeur.  C’est un texte court, percutant comme un coup de poing, un livre qui vous laisse abasourdi, qui marque profondément et durablement.

A qui auriez-vous remis le Goncourt?
Dans la sélection j’aurais choisi le roman de Véronique Olmi  « Bakhita » ( Albin Michel) . Mais mon Goncourt serait le remarquable dernier livre de Jean-Luc Seigle « Femme à la mobylette » (Flammarion). L’auteur nous fait vibrer sur le destin d’une femme perdue qui va trouver un sursaut dans sa vie grâce à une mobylette.  Un roman magnifique  sur comment on peut renaître de ses cendres.

 Une brève de librairie
Deux pépites me viennent à l’esprit :
« Bonjour, je voudrais le rouge et le noir. Mais je ne prends aujourd’hui que le rouge, pour le noir je reviendrai la semaine prochaine »
« Je recherche la bible, mais je ne connais pas l’auteur »

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Librairie Tome 7
81 rue Saint Dominique
75007 Paris
01.45.51.83.98

 

 

 

 

 
 
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