Toni MORRISON
10 X 18
litt etrangere
mai 2008
384 p.  8,10 €
 
 
 

Librairie Hisler-Even (Metz)

illustration Brigitte Lannaud Levy (Dr.)

Née non pas au siècle dernier, mais au siècle d’avant, en 1880. Autant dire que cette librairie est l’une des enseignes les plus respectables et respectées de la ville de Metz. Une institution selon l’expression consacrée. Son activité d’origine était l’imprimerie. Au fil de son histoire, après le rachat notamment par Daniel Hisler il y a trente ans, la partie librairie s’est fortement déployée. C’est Simone Hisler qui est aujourd’hui capitaine du navire depuis la disparition de son époux en 1996. Cette femme grande lectrice qui s’occupait alors de sa famille a relevé le flambleau  avec succès. Sa plus grande fierté aujourd’hui est d’être entourée à la librairie de quatre de ses cinq enfants.  Il y a deux ans, elle a engagé des travaux et aujourd’hui c’est un vaste espace de 1300 mètres carrés sur deux niveaux qui offre un bel écrin tant pour la papeterie que pour les livres, sans oublier les arts graphiques. Le tout animé par une équipe de 15 libraires.  Si vous souhaitez vous poser autour d’une boisson pour vous plonger dans votre lecture, vous pouvez aller au « Café à la page », un espace pour consulter les livres en toute tranquillité. C’est assez rare pour le noter, ici on peut prendre son café en lisant. «  Les gens sont respectueux des ouvrages et c’est l’une des meilleures façons pour qu’ils repartent en l’achetant » nous explique Christine Forestier, libraire pilier des lieux qui nous reçoit aujourd’hui. Généraliste par nature la librairie organise des rencontres et  signatures pour tous publics, mais s’attache particulièrement à proposer des rencontres et des animations pour les plus jeunes. Tous les évènements du calendrier du type Halloween, galette, mardi-gras… sont propices pour créer des ateliers créatifs, organiser des goûters et bien évidemment des lectures. Pour participer, il suffit juste de s’inscrire. « Ça met de la vie dans le magasin. On aime tous ces gamins qui courent librement. Pour nous c’est cette liberté-là qui est le vrai passeur des livres et des émotions qu’ils contiennent » nous déclare Christine Forestier dont on sent toute la passion qu’elle voue à son métier et l’attachement qu’elle porte aux lecteurs petits et grands.

Quel roman nous recommandez-vous de lire ?
 » Le malheur du bas » d’Inès Bayard (Albin Michel) qui est paru lors de la rentrée de septembre dernier. L’histoire d’une jeune femme bien installée dans sa vie personnelle et professionnelle. Jusqu’au viol qu’elle  subit de la part son patron. Tout ce bonheur va être balayé d’un coup. C’est un livre nécessaire, quoique fortement dérangeant. On l’a défendu ardemment même si nous avons eu des retours de lecture très tranchés, car le sujet est perturbant. C’est bien qu’il y ait débat en littérature. Et sur ce sujet en particulier,  c’est une nécessité

Et du côté des auteurs étrangers ?
« Les fureurs invisibles du cœur » de John Boyne (Lattès). En Irlande des années 40 à nos jours la vie de Cyril Avery. Né d’une fille-mère bannie, puis adopté par un couple dublinois aisé, on suit la quête d’identité de l’enfance à l’âge adulte de ce garçon sans famille. Un livre où on pleure, on rit. On s’attache au personnage  au fil de ses hauts, ses bas. Un roman riche d’enseignements sur la façon dont on se construit quand on ne connaît pas ses racines.

Y a-t-il un premier roman qui vous a marqué ?
« La vraie vie » d’Alice Dieudonné (L’Iconoclaste). Dans une résidence de lotissements, un couple et ses deux enfants vivent dans un pavillon où une chambre est réservée aux cadavres d’animaux que le père empaille. Ça donne tout de suite la tonalité du roman. Un jour, un accident va changer la personnalité du petit dernier de la famille. L’écriture est drôle malgré la violence. L’ambiance du livre est singulière, étrange et désespérée, mais captivante.

Quel livre vous êtes-vous promis de lire ?
Le prochain roman de Véronique Ovaldé, « Personne n’a peur des gens qui sourient » (Flammarion). J’aime son univers et tout ce qu’elle écrit. Je suis impatiente de la lire à nouveau.

À qui auriez-vous donné le Goncourt ?
« Un monde à portée de main » de Maylis de Kerangal (Verticales). Un texte où j’ai appris plein de choses sur le monde du trompe-l’œil. Le tout porté par un très beau style.

Quel est le livre le plus emblématique de la librairie que vous défendez avec ferveur ?
« Beloved » de Toni Morrison (10 /18) C’est le roman qui m’a donné l’impression vertigineuse d’être passée à côté de plein de livres. Il y a dans cette histoire un concentré d’humanité. C’est une lecture intemporelle hélas en ce qu’il dénonce un racisme qui est toujours d’actualité.  Un texte fondateur sur la maternité, la survie.

Une brève de librairie
Quand un client vient nous demander un livre dont il a oublié le titre et l’auteur avec pour seule indication « il a une couverture bleue » avec mes collègues on aime jouer les détectives.   C’est un vrai moment réjouissant. On s’y met tous à fond. Et souvent la question c’est de trouver à quoi correspond la notion de couverture bleue. Et quand on trouve, tout le monde est content. Nous et le client.

Propos recueillis par Brigitte Lannaud Levy
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Hisler-Even
1 rue Ambroise Thomas
57000 Metz
03 87 75 07 11

 

 

 
 
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