Leonor de Recondo
 
 
Leonor de Recondo
Sabine Wespieser
janvier 2019
160 p.  18 €
ebook avec DRM 11,99 €
 
 
 

Quelle lectrice êtes-vous
Léonor de Récondo 
?

« J’ai grandi assez seule, avec mon violon et la lecture »

Léonor de Récondo fut longtemps violoniste professionnelle. Si elle continue à jouer de la musique, elle s’est découvert une passion pour la littérature et, il y a une dizaine d’années, est devenue écrivain, aussi simplement que ça. Après « La grâce du cyprès blanc », « Rêves oubliés », « Pietra viva », c’est avec « Amours » qu’elle a touché le grand public. Aujourd’hui, elle publie « Manifesto », le plus autobiographique de ses romans, puisqu’il évoque la mort de son père survenue il y a trois ans. Musicienne, romancière, mais aussi lectrice, Léonor nous parle de ces livres qui l’ont formée puis inspirée.

Tout d’abord, aimez-vous lire ?
Oh oui, depuis toujours. Il y avait à la maison des piles de magazines que je ne pouvais pas lire car je n’avais pas encore appris. C’était une énorme frustration. Je ne me souviens pas vraiment de mes premières lectures, mais ma mère me lisait des histoires avant de m’endormir. J’avais des albums fétiches, comme « La course des rats » de  Colin McNaughton, l’histoire d’un très petit garçon qui, un jour, parvient à entrer dans un trou de souris et arrive au royaume des rats. Il convainc le roi de participer à la course des rats et la gagne.

Y avait-il beaucoup de livres chez vous ?
Ma mère lisait énormément. Quand elle se plongeait dans un livre, elle ne pouvait plus le lâcher. Je me souviens de la voir dévorer « Le chant du bourreau » de Norman Mailer par exemple. Ça me faisait envie et aujourd’hui, je suis comme elle. Ce qui me plaît c’est ce voyage-là, être embarquée dans de gros bouquins, moi qui n’écris que de petits livres !

Quelles ont été vos lectures au fil de l’enfance ?
« Les contes de la rue Broca » de Pierre Gripari, que j’ai lus et relus. Je trouvais la comtesse de Ségur un peu gnangan et je préférais de loin les livres d’aventures. J’ai dévoré « L’île au trésor » de Stevenson, « Robinson Crusoe » de Defoe. J’ai vu que l’école en avait donné à mon fils de 12 ans des versions abrégées, ça me rend folle. Plus tard, je me souviens d’un été extraordinaire en compagnie du « Comte de Monte-Cristo » de Dumas. Puis j’ai lu « Guerre et paix » de Tolstoi, mais aussi Paul Claudel, Guy de Maupassant. Ma mère me conseillait, et j’allais à la bibliothèque. J’ai grandi assez seule, avec mon violon et la lecture. J’ai aussi très vite commencé à tenir un journal intime.

Pensiez-vous qu’écrire pourrait devenir un métier ?
Oui, parce que mes parents avaient pas mal de copains écrivains. Mais mon avenir, je le voyais plutôt dans la musique. Vers sept, huit ans, je savais que je deviendrais violoniste. De vingt-trois à trente-neuf ans, cela a été mon métier. Je jouais dans des orchestres baroques.

Quelle fut la passerelle entre le violon et la littérature ?
L’écriture me taraudait, puisque je tenais un journal. Mais je n’ai commencé à vraiment écrire que lorsque je suis devenue maman. Il y avait ce petit enfant, qui faisait des siestes et que je ne pouvais pas réveiller avec mon violon. Alors j’ai commencé à écrire.

Y a-t-il un auteur qui vous a particulièrement inspirée ?
Non, parce ce que j’aime ce sont les univers singuliers, qui ne ressemblent à aucun autre. Ces femmes ne m’ont pas influencée par exemple, mais j’ai adoré les lire: Colette et ses descriptions de la nature, George Sand, mais aussi Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar. Et « Mrs Dalloway » de Virginia Woolf qui me bouleverse à chaque fois. Ce que je trouve extraordinaire, c’est son rapport au temps. Puis j’ai eu une grande période sud-américaine, Gabriel Garcia-Marquez bien sûr, mais aussi Alvaro Mutis, Jorge Amado. Je retrouvais ce que j’avais éprouvé avec les grands romans d’aventure de mon adolescence. J’ai découvert ensuite les auteurs russes, mais je lisais très peu de littérature contemporaine. Je ne suivais pas l’actualité… Depuis huit ans que je suis passée de l’autre côté de la barrière cependant, je lis mes pairs. A force de me promener dans des festivals, il y a plein de gens que j’ai croisés et que j’ai envie de lire. Et mon éditrice, Sabine Wespieser, m’a fait connaître les Irlandaises de son catalogue, Nuala O’Faolain, Edna O’Brien, Claire Keegan.  

Lisez-vous lorsque vous écrivez ? 
Avant, j’avais beaucoup de mal. Maintenant, j’ai l’impression d’être moins en danger. Mais si vraiment je suis très concentrée sur un roman, je me sens moins disponible pour lire. « Manifesto » a été difficile à écrire, je m’épuisais très vite, je tournais autour du pot, je taillais mes crayons, me préparais un thé, je faisais des courses et mon appartement n’a jamais été aussi propre… Tout était bon pour ne pas me mettre au travail ! Pendant cette période, j’ai lu un peu plus, car il y avait moins d’enjeux fictionnels que pour mes précédents ouvrages.

Est-ce que la musique influence votre écriture ?
Certainement, mais je ne peux pas vous dire précisément dans quelle mesure. En tout cas je ne peux pas écrire en musique.

Quels ont été vos derniers coups de cœur ?
« L’éloge du risque » d’Anne Dufourmontelle, un essai sur le risque d’aimer, le risque de vivre, dans lequel une analyse pointue est soutenue par une dimension poétique. Mais ces derniers temps, j’ai aussi apprécié « Sorcières » de Mona Chollet, « Ça raconte Sarah » de Pauline Delabroy-Allard, « Attachement féroce » de Vivian Gornick, « Tristan » de Clarence Boulay, « Dans le faisceau des vivants » de Valérie Zenatti. Et tous les livres de Véronique Ovaldé

 

COMMENT LISEZ-VOUS

Papier ou tablette ?
Sur papier uniquement. Jamais de tablette, sauf pour des recherches de documentation.

Marque-pages ou pages cornées ?
Marque-pages.

Debout, assise ou couchée ?
Si possible couchée, soit dans mon lit, le soir avant de m’endormir, soit sur mon formidable canapé !

Jamais sans mon livre ?
Jamais. Même si je pars vingt-quatre heures.

Un ou plusieurs à la fois ?
Un seul.

Combien de pages avant d’abandonner ?
Avant je n’abandonnais jamais. Mais aujourd’hui, lorsque le style ne me plaît pas, je m’en aperçois dès les premières pages et je referme le livre.

CINQ TITRES

« Le comte de Monte-Cristo » d’Alexandre Dumas

« Madame Bovary » de Gustave Flaubert

« Les raisins de la colère » de John Steinbeck

« Mrs Dalloway » de Virginia Woolf

« Barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras

Propos recueillis par Pascale Frey
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